Institut National de Neurologie Tunisie
la Neurologie orpheline

Je vous prie! Dites où il habite, je veux le voir, je veux le servir jour et nuit, le servir comme une soeur cadette comme une bonne, comme une infirmière, comme une mère ! C’est lui qui m’a sauvé la vie ! Je veux le lui rappeler et le servir de toutes mes forces !... “. C’est arrivé il y a environ un mois à l’institut de neurologie, en ces jours où le père de la neurologie glissait puis sombrait peu à peu dans la maladie. Et celle qui parlait ainsi, on l’aura compris, était une de ses anciennes malades.

Beaucoup, comme elle, se seraient certainement proposés de le servir si seulement ils avaient appris la nouvel Le servir au soir de sa vie n’aurait été que la plus simple expression de reconnaissance pour celui qui sa vie durant, n’a fait que servir ses concitoyens qui venaient nombreux le voir en privé mais qu’il renvoyait presque tous au public dès le lendemain. Car l’argent, non seulement il n’en voulait pas, mais il le méprisait carrément. Car, aussi, le public, c’était aussi chez lui. C’était sa chose à lui. II avait créé l’Institut de neurologie. Y avait formé des spécialistes dont nul, aujourd’hui, ne peut contester la compétence. Et y a travaillé jusqu’au jour où le mal l’en arracha

Feu Mongi Ben Hamida est né le 1er février 1228 à Kélibia. Après le bac obtenu à Tunis, il se rend à Paris où il entreprend des études de médecine avant de se spécialiser en neurologie. En 1960, il obtient le certificat d’études spécialisées de neuropsychiatrie et est en 1962 assistant de physiologie à la Faculté de médecine de Paris jusqu’à 1965, date a laquelle il devient docteur en médecine. Ce qui lui vaudra de devenir chef de clinique neurologique au service du Pr. Carcin de 1965 à 1968, puis au service du Pr. Boudin jusqu’à 1969.

Entre temps, en 1967, il s’est marié avec une jeune scientifique du nom de Christiane Forester qui lui tiendra compagnie toute sa vie, mais qui, surtout, fera partie du Comité pédagogique de la Faculté de médecine de Tunis, créé par le docteur H’souna ben Ayed.

Déjà de notoriété internationale en cette année 1970, le leader Bourguiba lui demande de revenir pour servir son pays. Exigeant et sévère même avec lui-même, le Pr. Ben Hamida veut que les choses se fassent comme il l’entend et à sa manière. Aussi, le terrain censé abriter une garnison militaire à proximité de l’hôpital la Rabta devient-il, sur croquis dessiné par le Professeur, l’institut National de Neurologie de Tunis. Son fondateur et véritable maître de céans est, la même année, nommé professeur agrégé à Faculté médecine de Tunis. Mieux, il est le deuxième doyen t la faculté de médecine de Tunis jusqu’en 1973, quand un désaccord l’oppose à Bourguiba. Ni l’un ni l’autre ne cède .Surtout pas Bourguiba évidemment. Oui mais… Ben Hamida n’est pas homme à se dire vaincu. Au lieu de céder, il.. démissionne du poste de doyen. Pour Bourguiba, ce geste est inadmissible, irrémissible. Pour l’égalité des points, il le nomme en 1977 ministre t la Santé publique pour l’en écarter juste huit mois plus tard. Et malgré tout, Bourguiba sait apprécier les hommes. Lors d’une grande rencontre, alors que le Pr. Ben Hamida est redevenu chef du ‘service de Neurologie dans « son » propre Institut, Bourguiba s’adresse à lui en ces termes:

“Toi, Mongi, tu es beaucoup plus valeureux qu’un ministre, viens à côté de moi ! .. »

Enseignant hors pair, le Pr. Ben Hamida dans sa volonté de donner une image précise et exacte du mouvement du myopathe, en est arrivé jusqu’à singer, disons mimer, le malade, de telle façon que ses disciples n’avaient plus besoin de consulter quelque ouvrage ou réviser des cours pour identifier la maladie. Il suffisait de regarder le Professeur pour comprendre de quelle pathologie il s’agissait .Cet esprit de synthèse et d’analyse est si prononcé chez lui qu’un jour, il y a long temps de cela, il se fait fort de déclarer lors d’un congrès international tenu à l’étranger que le myopathe tunisien, à la limite maghrébin, n’a rien à voir avec son homologue européen ou américain. Cette manière de casser les dogmes mondialement connus de la neurologie dérangent ses auditeurs qui le prennent pour” un n’importe qui venu de n’importe où pour dire du n’importe quoi “. Mais le Pr. Ben Hamida ne s’avoue jamais vaincu. Il poursuit ses recherches, en en arrive à être profondément convaincu, invite chez lui un grand spécialiste de Grande-Bretagne et lui administre la preuve irréfutable que le myopathe tunisien présente des spécificités, des particularités’ autres que celles visibles chez un sujet européen par exemple. Son hôte britannique est plus que convaincu. Mais il propose que des gènes de Tunisiens soient traités ailleurs qu’en Tunisie. La proposition est ressentie comme une offense par le Pr. Ben Hamida qui tient à ce que le mal tunisien soit identifié et traité par des compétences tunisiennes.

Avec son, disciple et compagnon de toujours, le Pr. Fayçal Hentati, aujourd’hui chef de service de Neurologie et grand orphelin du Pr. Ben Hamida, il pousse plus loin ses recherches et met au point certains traitements en réponse au type de maladie tunisien. En vérité, explique le Pr. Hentati, ce sont six ou sept maladies de type rare mais qui existent un peu partout dans le monde, sauf qu’elles ne rentrent pas dans le moule général vu par les spécialistes occidentaux, d’où le rejet de la découverte. Il n’empêche. Les recherches et découvertes du Pr. Ben Hamida sont mondialement connues et reconnues de tous.

Mais aujourd’hui, il faut dire cette autre vérité sur le Pr. Ben Hamida, quitte à blesser certains. Malgré tout le respect que lui vouait Bourguiba, le père de la Neurologie en Tunisie avait été, plus ou moins négligé, presque mal vu, dès lors que le portefeuille de ministre lui aval été retiré. Lui qui préférait le public au privé où pourtant il eût pu récolter de millions de dinars ; lui qui était resté au public en tant que contractuel bien après sa mise à la retraite ; lui qui avait traité des centaines de patients et sauvé la vie à beaucoup d’entre eux ; lui qui avait formé bien des spécialistes en neurologie et en génétique, tel le Pr. Chelbi Bel Kéhia ; lui qui avait craint l’éparpillement de l’Institut en s’opposant à sa scission en plusieurs services; lui qui n’avait tourné le dos à ses malades que le jour où la maladie lui fit face; eh bien, il n’avait été réellement réhabilité et souverainement reconnu pour sa valeur scientifique qu’avec le Changement. En 1993 le père de la Neurologie a Obtenu le Prix de la Créativité du 7 Novembre des mains du Présidant Zine El Abidine Ben Ali.

Avec La mort du Professeur, aucune page n’est tournée dans l’histoire de la Neurologie en Tunisie puisque des hommes de grande compétence, ses propres élèves, ont pris le flambeau. Mais ces hommes et les murs mêmes de l’institut national de Neurologie diront toujours qu’il était une fois un grand Monsieur du nom de Mongi Ben Hamida.

Unités du service de Neurologie
Laboratoire de Neurobiologie Moléculaire et de Neuropatholologie
Unité cérébrovasculaire " stroke unit "
Unité de neurophysiologie pour l'électromyographie (EMG)
Unité d'hospitalisation

Institut National de Neurologie 1007 La Rabta - Tunis

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Hommage au Pr Mongi Ben Hamida
Pr Mongie Ben Hamida

Hommage à un Maître

Le 4 Mai 2003, le père de la neurologie Tunisienne, notre maître le professeur Mongi Ben Hamida nous a quitté. Il a tellement imprégné la neurologie et l'Institut que jusqu'à aujourd'hui, nous n'arrivons pas à croire que son départ est définitif.

suite....